TURQIE C'EST VRAIMENT
CRIMINALE
Posted by le figaro on 25/2/2011, 13:14:53
abdullah Gül : «Le monde ne s'arrête pas à l'UE»
Mots clés : adhésion à l'Union Européenne, G20, Conseil de l'Europe,
EUROPE, TURQUIE, Abdullah G, l
Par Pierre Rousselin
27/01/2011 | Mise à jour : 08:17 Réactions (147)
Abdullah Gül: «La Turquie est totalement opposée à l'existence
d'armes nucléaires dans la région. Nous voulons résoudre ce problème
par la diplomatie, plutôt que par la guerre, comme dans le cas de
l'Irak.» (Crédits photo: Jacques Denier/Parlement Européen)
INTERVIEW - Le président turc, qui recevra bientôt Nicolas Sarkozy,
espère que le chef de l'État aura une «meilleure image» de son pays.
Le président Abdullah Gül a reçu Le Figaro en marge de l'Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe, à Strasbourg.
LE FIGARO. - Les négociations en vue de l'adhésion de la Turquie à
l'Union européenne sont dans l'impasse. Y croyez-vous encore?
Abdullah GÜL. - Notre candidature est un choix stratégique et
l'Union européenne s'est engagée, à l'unanimité, il y a cinq ans, à
négocier cette adhésion. Le respect des engagements pris est une
valeur fondamentale de l'Union européenne. Il est clair que l'on a
mis des obstacles devant nous. Mais le monde ne s'arrête pas à
l'Union européenne. Le choix stratégique que nous avons fait en sa
faveur ne nous empêche pas de développer les relations que nous
avons établies partout dans le monde.
Les opinions publiques en Europe ne sont pas favorables à l'adhésion
de la Turquie. Comment espérez-vous leur faire changer d'avis?
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous sur l'état de
l'opinion. Et puis nous n'allons pas adhérer demain. Si les
négociations s'achèvent avec succès, des pays comme la France
tiendront un référendum. Si les peuples disent non, nous
respecterons leur décision. Mais il faut être honnête. Tout dépend
comment on présente les choses. Si l'on dit aux opinions que la
Turquie va prendre une partie du gâteau européen, évidemment, elles
diront non. Mais si l'on explique que la Turquie va agrandir le
gâteau, c'est différent. La Turquie a un très grand potentiel. C'est
la sixième économie européenne. C'est un pays qui se trouve sur les
carrefours énergétiques de l'Europe, qui contribue à sa sécurité.
Si, malgré cela, l'opinion publique pense que la Turquie ne
contribue pas au gâteau européen, nous respecterons cette décision.
Et puis, comme en Norvège, ce sera peut-être l'opinion publique
turque qui, en fin de compte, dira qu'elle ne veut pas faire partie
de cette Union. Mais tout cela n'est pas d'actualité. Nous en sommes
aux négociations et c'est dans ce cadre que des erreurs de stratégie
sont commises.
Les sondages en Turquie sont déjà défavorables à l'UE…
Une majorité de Turcs est favorable à l'adhésion. Le pourcentage
peut tomber lorsqu'il y a des prises de position qui sont
considérées en Turquie comme une insulte.
Le président Nicolas Sarkozy se rend le 25 février à Ankara.
Pensez-vous que cette visite peut faire évoluer l'idée qu'il se fait
de la Turquie?
Tout d'abord, ce n'est pas une visite officielle. Le président vient,
dans le cadre du G20, pour une réunion de travail. Je pense qu'il a
une image de la Turquie qui ne correspond pas à la réalité. Il est
bon qu'il vienne se rendre compte de l'évolution qu'a connue la
Turquie. Avec le président Sarkozy, nous parlons ouvertement de nos
sujets de désaccord dans un respect mutuel. Ce qui compte, ce sont
les relations d'amitié entre nos deux peuples.
Les intérêts économiques français peuvent-ils être pénalisés par le
différend sur l'UE, lors de l'octroi d'un contrat dans le nucléaire,
par exemple? Il n'en est pas question. Nos échanges s'accroissent
d'ailleurs tous les jours. Mais je dois dire que sans notre
désaccord sur l'UE les relations économiques avec la France auraient
pris une tout autre dimension.
La Turquie est très active mais on ne l'entend pas beaucoup au G20.
Quels sont les dossiers que vous jugez prioritaires?
La Turquie est la quinzième économie au monde et a très bien résisté
à la crise mondiale. Nous avons la plus forte croissance de l'OCDE
avec 11%. En ce qui concerne les critères de Maastricht, nous
faisons mieux que plusieurs membres de l'UE. Nos primes de risque
sont inférieures à celles de treize autres pays. Dans le domaine
financier, nous avons mis en œuvre les réformes décidées dans le
cadre du G20 et cela a permis à notre système bancaire de résister.
Nous allons organiser cet été un sommet des pays les moins
développés en liaison avec l'ONU.
Les efforts diplomatiques de la Turquie se multiplient mais
n'aboutissent pas, ni avec l'Arménie, ni avec le Liban, ni avec
l'Iran ou au Proche-Orient. La politique du «zéro problème» avec les
voisins a-t-elle trouvé ses limites?
Bien sûr, ce n'est pas facile! Mais cette approche constructive
reste nécessaire. La Turquie veut générer de la stabilité dans la
région. Nous n'attendons rien en retour. Nous n'avons pas
d'objectifs cachés. Notre situation géographique nous mène à
rechercher la stabilité pour favoriser la croissance et créer la
prospérité autour de nous.
La réunion d'Istanbul avec l'Iran a été un échec. Quelle est la
position de la Turquie qui a voté non à la dernière résolution de
l'ONU sur les sanctions?
Malgré notre vote négatif, nous appliquons les sanctions de l'ONU.
Mais nous ne sommes pas concernés par celles qui sont prises en
dehors du cadre des Nations unies. La réunion d'Istanbul était
importante parce que, pour la première fois, l'Iran et ses
interlocuteurs étaient réunis autour de la même table. La porte
reste ouverte. La Turquie est totalement opposée à l'existence
d'armes nucléaires dans la région. Nous voulons résoudre ce problème
par la diplomatie, plutôt que par la guerre, comme dans le cas de
l'Irak. Je ne comprends pas que l'on puisse nous reprocher de
déployer trop d'efforts alors qu'il y va de la paix dans notre
région.
La visite du premier ministre Erdogan à Téhéran, l'affaire de la
flottille au large de Gaza, le vote contraire aux sanctions contre
l'Iran ont fait dire que la Turquie se joignait au front du Hamas,
du Hezbollah et de l'Iran contre Israël. Qu'en est-il?
C'est Israël qui crée un front contre la légalité internationale.
Les valeurs défendues par la flottille du Mavi Marmara ne sont-elles
pas les valeurs de respect des droits de l'homme et du droit qui
sont celles de l'Union européenne? Nous parlons d'un territoire
soumis à un blocus illégal. La Turquie apporte dans la région les
valeurs que devrait défendre l'Union européenne.
La Turquie peut-elle être un modèle pour la Tunisie?
Nous avons avec la Tunisie des relations historiques de fraternité
et nous souhaitons que la volonté démocratique puisse s'y exprimer
normalement.