Obama-Soetoro et « les années de tous les dangers » [5] à Jakarta
Il est clair qu’Ann Dunham Soetoro et son mari indonésien, Lolo
Soetoro, le beau-père du Président Obama, étaient très étroitement
liés aux activités de la CIA visant à neutraliser l’influence
sino-soviétique en Indonésie pendant « les années de tous les
dangers » après l’éviction de Sukarno. Le Wayne Madsen Report a
découvert que des agents de haut-rang de la CIA furent nommés
officiellement et officieusement à des postes de couverture en
Indonésie pendant la même période, des couvertures fournies, entres
autres, par l’USAID, les Peace Corps et l’USIA (US Information
Agency).
L’un des contacts les plus proches de Suharto à la CIA était Kent B.
Crane, qui avait figuré parmi les agents de la CIA en poste à
l’ambassade états-unienne à Jakarta. Crane était si proche de
Suharto, qu’après « son départ à la retraite » de la CIA, il aurait
été l’un des rares hommes d’affaires « privés » à obtenir un
passeport diplomatique indonésien du gouvernement Suharto. La
société de Crane, le Crane Group, fournissait des armes de petit
calibre aux forces militaires états-uniennes, indonésiennes et
d’autres pays. Crane fut le conseiller aux Affaires étrangères du
vice-président des États-Unis, Spiro Agnew ; il fut par la suite
nommé ambassadeur des États-Unis en Indonésie par le Président
Ronald Reagan. Cette nomination resta lettre morte à cause de ses
liens suspects avec Suharto. John Holdridge, un proche de Kissinger,
fut nommé à sa place ; à son départ de Jakarta, c’est Paul Wolfowitz
qui le remplaça.
Les protégés de Suharto, parmi lesquels comptaient aussi Mokhtar et
James Riady de Lippo Group, se virent accusés d’avoir injecté plus
d’un million de dollars par le biais de contributions étrangères
illégales vers les comptes de campagne de Bill Clinton en 1992. À
deux reprises, le Président Obama a repoussé sa visite officielle en
Indonésie ; peut-être craint-il l’intérêt que pourrait éveiller un
tel déplacement sur les liens de sa mère et de son beau-père avec la
CIA ?
Ann Dunham en visite dans un élevage de canards à Bali,
officiellement dans le cadre de son travail pour développer des
programmes de crédit bancaire aux petites entreprises. Dans les
années 1970 et 1980, Dunham s’occupait de projets de microcrédit en
Indonésie pour la Fondation Ford, l’East-West Center et l’USAID. Le
Docteur Gordon Donald junior était l’une des personnes en poste à
l’ambassade des États-Unis. Il aida à protéger les bâtiments de
l’ambassade lors des violentes manifestations étudiantes
anti-états-uniennes pendant la période du putsch contre Sukarno.
Rattaché au Bureau des affaires économiques, Donald était
responsable du programme de microfinancement de l’USAID destiné aux
paysans indonésiens ; c’est sur ce même programme que Dunham
travailla en collaboration avec l’USAID dans les années 1970, après
avoir enseigné l’anglais en Indonésie, toujours pour le compte de
l’USAID. Dans l’ouvrage Who’s Who in the CIA, publié en 1968 en
Allemagne de l’Ouest, Donald est décrit comme un agent de la CIA,
ayant également été en poste à Lahore au Pakistan, une ville dans
laquelle Dunham séjournerait plus tard, dans une suite de l’hôtel
Hilton, pour mener les projets de microfinancement pour la Banque
asiatique de développement, durant cinq ans.
Parmi les hommes en poste à Jakarta, le Who’s Who in the CIA fait
apparaitre Robert F. Grealy ; il deviendrait par la suite le
directeur des relations internationales dans la zone Asie-Pacifique
chez J. P. Morgan Chase, puis le directeur de la Chambre de commerce
pour les États-Unis et l’Indonésie. Le Pdg de J. P. Morgan Chase,
Jamie Dimon, a en outre récemment été cité comme un remplaçant
potentiel de Richard Geithner, le Secrétaire du Trésor, dont le père,
Peter Geithner, travaillait à la Fondation Ford et avait le dernier
mot pour l’attribution des fonds destinés aux projets de
microfinancement de Dunham.
Les projets inavouables de la CIA et Hawaii
Alors qu’elle séjournait au Pakistan, Ann Dunham reçut la visite de
son fils Barack en 1980 et en 1981. Obama se rendit par la même
occasion à Karachi, à Lahore et dans la ville indienne d’Hyderabad.
Pendant cette même période, la CIA intensifiait ses opérations en
Afghanistan depuis le territoire pakistanais.
Le 31 janvier 1981, le directeur-adjoint du Bureau des recherches et
des rapports de la CIA (ORR, Office of Research and Reports)
transmit au directeur de la CIA, Allen Dulles, une longue note,
classée secret, code NOFORN [6], et aujourd’hui déclassifié. Il y
fait le rapport d’une mission de collecte de renseignements
diligentée entre le 17 novembre et le 21 décembre 1957 en
Extrême-Orient, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient.
Le chef de l’ORR y évoquait sa rencontre avec l’équipe du général à
la retraire Jesmond Balmer, alors haut-responsable de la CIA à
Hawaii, au sujet de la demande formulée par le chef de l’US Pacific
Command pour « la collecte de nombreuses informations nécessitant de
longues recherches. » Le chef de l’ORR mentionnait ensuite les
recherches effectuées par la CIA pour recruter « des étudiants
sinophones de l’Université de Hawaii capables de mener à bien des
missions de renseignement. » Il abordait ensuite les débats qui
s’étaient tenus lors d’un séminaire sur le contre-espionnage de
l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est qui eut lieu à Baguio
entre le 26 et 29 novembre 1957. Le Comité économique avait d’abord
discuté des « fonds pour le développement économique » destinés à
combattre « les activités de subversion exercées par le bloc
sino-soviétique dans la région », avant « d’envisager toutes les
réactions susceptibles d’être mises en œuvre. »
Les délégations thaïlandaise et philippine firent beaucoup d’efforts
pour obtenir le financement états-unien d’un fonds de développement
économique, qui aurait enclenché d’autres projets de l’USAID dans la
région, du même type que ceux dans lesquels Peter Geithner et la
mère de Barack Obama s’investissaient intensément.
Une importante littérature existe sur les aspects géopolitiques des
opérations secrètes de la CIA menées depuis l’Université de Hawaii ;
il n’en est pas de même pour les éléments les plus inavouables de la
collecte de renseignements et des opérations de type MK-ULTRA, qui
n’ont pas été associées de manière systématique à l’Université de
Hawaii.
Plusieurs notes déclassifiées de la CIA, datées du 15 mai 1972, font
référence à l’implication du département de la Défense ARPA (Advanced
Research Projects Agency) et de l’Université de Hawaii dans un
programme d’études comportementales de la CIA. Ces mémos furent
rédigés par Bronson Tweedy, alors directeur-adjoint de la CIA, le
directeur du PRG (Program Review Group) de l’US Intelligence
Community et le directeur de la CIA, Robert Helms. Ces mémos ont
pour thème « les recherches menées par l’ARPA concernant le
renseignement. » La note provenant du directeur du PRG aborde une
conférence à laquelle participa le Lieutenant-colonel Austin Kibler,
le directeur des études comportementales de l’ARPA, le 11 mai 1972.
Kibler supervisait les recherches de l’ARPA sur les modifications
comportementales et la surveillance à distance. Les mémos du
directeur du PRG évoquent plusieurs hauts-responsables : Edward
Proctor, le directeur-adjoint en charge du renseignement à la CIA,
Carl Duckett, le directeur-adjoint en charge des sciences et des
technologies à la CIA et John Huizenga, le directeur de l’Office of
National Estimates [7].
En 1973, après que James Schlesinger, alors directeur de la CIA,
ordonna une enquête administrative sur tous les programmes de la
CIA, l’Agence produisit un éventail de documents sur divers
programmes, désigné par l’expression « bijoux de famille. » La
plupart de ces documents furent publiés en 2007 ; en même temps, on
apprenait que Helms avait donné l’ordre au Docteur Sidney Gottlieb
de détruire les documents portant sur les recherches qu’il menait ;
ce dernier était le directeur du projet MK-ULTRA, un programme de
recherche de la CIA sur les modifications comportementales, le
lavage de cerveau et l’injection de drogues. Dans un mémo rédigé par
l’agent de la CIA Ben Evans et adressé à William Colby, le directeur
de la CIA, daté du 8 mai 1973, Duckett confiait son avis : « Il
serait mal venu que M. le Directeur se déclare au courant de ce
programme », désignant les expérimentations menées par Gottlieb pour
le projet MK-ULTRA.
Après la publication des « bijoux de famille », plusieurs membres de
l’administration du Président Gerald Ford, dont le chef de cabinet
de la Maison Blanche, Dick Cheney, et le secrétaire à la Défense,
Donald Rumsfeld, s’assurèrent qu’aucune révélation ne soit faite à
propos des programmes de modifications comportementales et
psychologiques, parmi lesquels figuraient les projets MK-ULTRA et
ARTICHOKE.
Plusieurs mémos du 15 mai 1972 font référence au projet SCANATE,
initié la même année. Il s’agit de l’un des premiers programmes de
recherche de la CIA sur la guerre psychologique, en particulier, sur
l’utilisation de psychotropes à des fins de surveillance à distance
et de manipulation psychologique. Y sont mentionnés Kibler de l’ARPA,
et « son sous-traitant » ; plus tard, on apprendrait qu’il
s’agissait du Stantford Research Institute (SRI), situé à Menlo Park
en Californie.
Helms adressa un mémo à, entre autres, Duckett, Huizenga, Proctor et
au directeur de l’Agence pour le renseignement militaire (Defence
Intelligence Agency, DIA) — ce dernier hériterait par la suite du
projet de la CIA « GRILL FLAME » concernant la surveillance à
distance. Helms insistait sur le fait que l’ARPA soutenait « depuis
un certain nombre d’années » les recherches sur le comportement et
les applications potentielles dont le renseignement pourrait
bénéficier, « avec la participation du M.I.T., de Yale, de
l’Université du Michigan, de l’UCLA, de l’Université de Hawaii et
d’autres institutions ou groupes de recherche. »
La collaboration de l’Université de Hawaii avec la CIA dans le
domaine de la guerre psychologique se poursuit encore aujourd’hui.
Le Docteur Susan Brandon, l’actuel directeur du programme d’études
comportementales mené par le Centre de contre-espionnage et de
renseignement (Defence Counterintelligence and Human Intelligence
Center, DCHC) au sein de la DIA, a obtenu son doctorat de
Psychologie à l’Université de Hawaii. Brandon aurait été impliquée
dans un programme secret, issu de la collaboration de l’APA (American
Psychological Association), de la RAND Corporation et de la CIA,
destiné à « améliorer les procédés d’interrogatoire » ; l’objet de
ses recherches portait sur les privations de sommeil et de
perception sensorielle, la soumission à des douleurs intenses et
l’isolation complète, des procédés mis en œuvre sur les prisonniers
de la base aérienne de Bagram en Afghanistan et d’autres prisons
secrètes [8]. Brandon fut également l’assistante du directeur du
Département des sciences sociales, comportementales et éducatives au
Bureau des sciences et des technologies dans l’administration de
George W. Bush.
Ainsi, les liens entre la CIA et l’Université de Hawaii ne
s’érodèrent pas à la fin des années 1970 ; l’ancien président de
l’Université de Hawaii entre 1969 et 1974, Harlan Cleveland, fut
invité à donner une conférence au quartier général de la CIA le 10
mai 1977. Avant de prendre ses fonctions à l’Université de Hawaii,
Cleveland fut secrétaire du Bureau pour les affaires liées aux
organisations internationales (Bureau of International Organization
Affairs) de 1965 à 1969.
Un mémo du directeur de la formation de l’agence, daté du 21 mai
1971, indique que la CIA recruta un officier de la Marine qui
entamait le deuxième cycle de ses études à l’Université de Hawaii.
La famille Obama et la CIA
De très nombreux documents sont disponibles au sujet des liens de
George H. W. Bush avec la CIA et des activités de son père et de ses
enfants, dont l’ancien Président George W. Bush, pour le compte de
la CIA. Barack Obama, quant à lui, a réussi à dissimuler les traces
de ses propres liens avec l’Agence, tout autant que ceux de ses
parents, de son beau-père et de sa grand-mère (très peu de choses
sont connues à propos de son grand-père, Stanley Armour Dunham ; il
est sensé avoir dirigé un commerce de meubles à Hawaii après avoir
servi en Europe pendant la Deuxième guerre mondiale). Les Présidents
et les vice-présidents des États-Unis ne sont soumis à aucune
enquête sur leurs antécédents avant leur prise de fonction, à la
différence des autres membres du gouvernement fédéral. Ce travail de
vérification est laissé à la presse. En 2008, les journalistes ont
lamentablement failli à leur devoir d’information en enquêtant trop
superficiellement sur l’homme qui allait entrer à la Maison Blanche.
Les liens de ses parents avec l’Université de Hawaii et le rôle de
cette université dans les projets MK-ULTRA et ARTICHOKE invitent à
ce questionnement : « Que cache encore Barack Obama ? »
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Wayne Madsen
Ancien contractant de la National Security Agency (NSA), devenu
journaliste spécialisé sur le renseignement électronique, puis sur
le renseignement en général. Il a notamment été chef de rubrique de
la revue française Intelligence Online jusqu’à son rachat par Le
Monde. Il publie le Wayne Madsen Report et intervient régulièrement
sur la chaîne satellitaire Russia Today.
Les articles de cet auteur
Traduction Nathalie Krieg
Les articles de cet auteur
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[1] Sur ces événements, voir également l’article « 1965 : Indonésie,
laboratoire de la contre-insurrection », par Paul Labarique,
Voltairenet, 25 mai 2004.
[2] N.d.T. ou Yogyakarta
[3] Sur l’Opération Phénix, voir également Opération Phénix : le
modèle vietnamien appliqué en Irak », par Arthur Lepic, Voltairenet,
16 novembre 2004.
[4] N.d.T. en 1898
[5] N.d.T. Le film L’Année de tous les dangers (The Year of Living
Dangerously) de Peter Weir, est sorti en 1982. Il a pour cadre la
tentative de coup d’état attribuée aux communistes en Indonésie en
1965.°
[6] N.d.T. pour « no foreign dissemination », non divulgation des
informations aux services étrangers
[7] N.d.T. bureau en charge de l’évaluation des services de
renseignement états-uniens, aujourd’hui le National Intelligence
Council
[8] Sur ce thème, voir également l’article « Le secret de Guantánamo
», par Thierry Meyssan, Voltairenet, 28 octobre 2009.
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