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Ana Sayfa -----
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Rodrigue Kpogli
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http://juliette.abandokwe.over-blog.com/article-afrique-les-larmes-ne-sont-pas-une-arme-76356015.html
29 mai 2011
Cela sert-il à quelque chose de mourir pour les Africains?
Cette question aussi abrupte et provocante qu’elle puisse
paraître mérite d’être posée en ce moment où l’un des derniers
résistants – certes avec ses faiblesses et ses contradictions –
en la personne du président Laurent Gbagbo est entre les mains
des ennemis de l’Afrique. Sa capture et sa détention depuis lors,
par ceux qui n’ont jamais voulu voir l’Afrique jouer un autre
rôle en dehors de cette terre pourvoyeuse de matières premières
quasi-gratuitement aux pays industrialisés qui lui fournissent
des produits finis bas de gamme à prix exorbitants, de terrain
de jeu pour les puissances qui y déversent leur excès
d’antagonismes et de déchets de toute sorte, au lieu de montrer
que les africains sont capables d’être un peuple qui a compris
les sales draps dans lesquels il est emballé, ont plutôt clivé.
L’immense majorité s’en est plutôt foutue, une majorité a jubilé
et une minorité a déploré. Bref, la situation de manière
caricaturale est résumée par ce tirailleur sénégalais moderne
qui, à la capture du président Laurent Gbagbo, s’écria, un
téléphone portable collé à l’oreille : « on a attrapé Gbagbo :
vive la libertéééééééé !!! ». Cette image, en réalité dramatique,
traduit l’inconscience des africains du rôle qu’on leur fait
jouer pour se tuer eux-mêmes. Pour les metteur-en-scène nichés à
des milliers de kilomètres dans des palais présidentiels ou dans
des tours de multinationales œuvrant en Afrique, cette image et
ce cri de joie décrit plus haut ont dû faire sourire et faire
dire « quel enculé ? On vous a eu ! »
La route est encore longue pour parvenir à l’érection
d’africains conscients
C’est dire combien au sein de notre peuple, il y a des gens à
qui la déliquescence et la déchéance ne signifient pas
grand-chose. C’est dire aussi combien la route est longue pour
parvenir à l’érection d’africains au fait du monde et aptes à
identifier, simplement identifier, les intérêts de notre peuple.
C’est triste ! Le spectacle est encore plus désolant lorsqu’on a
vu Nicolas Sarkozy se faire acclamer lors de son passage en Côte
d’Ivoire pour remettre les clés de la maison au chien de garde
Alassane Ouattara. Nous ne sommes pas dupes pour savoir la
manipulation et l’achat de consciences qui se cachent derrière
ce type d’images sur lesquelles on trouve les humiliés
accueillir en héros leurs bourreaux. Toutefois, voir ne
serait-ce qu’un seul africain acclamer Sarkozy est une
initiative idiote de trop. On se souvient d’ailleurs du discours
de Sarkozy à l’université Cheick Anta Diop de Dakar où il a
insulté l’Afrique durant des dizaines de minutes sous les
acclamations d’un public décrit comme l’élite de l’Afrique.
Quelle est cette élite, élite de demain disait-on à l’époque,
qui acclame celui qui était venu dans son « je suis venu »
christique injurier les africains sur leurs propres terres ? Il
n’y a qu’en Afrique que pareille infamie est possible. Bush,
essayant de réécrire l’histoire de l’Irak devant une presse bien
que triée sur le volet, a dû esquiver les chaussures d’un
journaliste irakien qui n’en pouvait plus d’écouter la moquerie
de cet envahisseur. C'est toute le contraire qui se produit en
Afrique.
Que Kwame Nkrumah revienne voir l’état des africains
Notre réalité est que nous sommes un pauvre peuple, un peuple
mort, un peuple insouciant et indolent dans un monde vivant et
agressif. Que Kwame Nkrumah revienne voir l’état dans lequel
nous sommes. Que Sankara revienne voir les africains. Que
Lumumba revienne nous voir. Que Samory, Behanzin, Chaka Zulu,
Sekou Touré, Sylvanus Olympio, Steve Biko…reviennent tous voir
l’état du peuple pour lequel ils ont eu une vie pénible et pour
qui ils sont morts pour la plupart, assassinés. Peut-être se
demanderont-ils si leur mort avait servi à quelque chose. Le
constat est amer et il le sera davantage car beaucoup
d’africains habitués à la souffrance ou érodés par
l’inconscience n’ont pas encore donné le meilleur d’eux-mêmes
pour lacérer l’Afrique. Ils n’ont pas encore donné tout ce dont
ils capables pour maintenir l’Afrique sous la tonte. Afrique,
chère Afrique : tu seras tondue jusqu’aux os, car certains de
tes enfants ont décidé de t’immobiliser à cet effet ! Ils ont
choisi, par ignorance crasse ou par cupidité étriquée, de
t’immobiliser comme un cabri pour que les vétérinaires, les
maîtres du monde t’inoculent non point un vaccin pour te
secourir de la mort, mais plutôt des substances létales.
Face à cela, certains ne sont pas restés indifférents ou
spectateurs impassibles. Nous avons tenté des choses. Mais la
désillusion est immense et au jour le jour la situation se
détériore. Les moyens d’aliénation sont de plus en plus
perfectionnés et beaucoup d’africains pris dans les mailles du
système louent les outils qui les tuent en réalité. Ainsi,
dansent-ils, rient-ils, jubilent-ils face aux bombes et aux
actions tutélaires d’un Occident égoïste qui enrobe ses
intentions dans le carton de l’humanitaire et des droits de
l’homme. Dès qu’un africain démasque ce faux et usage de faux,
d’autres africains crient au scandale, lui tombent dessus et le
combattent à mort. En agissant ainsi, on démontre que cela ne
nous pose aucun problème si notre territoire nous échappe
totalement et si, à l'instar de la Côte d'Ivoire et de la Libye,
l'Occident vient y dicter sa loi.
On ne peut libérer un peuple qui trouve qu’il est libre
Le fait est qu’on ne peut libérer un peuple qui trouve qu’il est
libre. On ne peut rien faire face à une majorité d’africains
prêts à être contre l’anticolonialisme et à proclamer que
l'Afrique ne subit rien de la part du monde extérieur. En vertu
de cette conviction, des africains sont capables de haïr à mort
les leurs qui essaient de leur ouvrir les yeux sur la réalité du
monde. C’est-à-dire que dans cette institution d’inversion des
responsabilités installée par le colonialisme, les africains
prennent effectivement leurs ennemis pour leurs plus fidèles
amis et leurs seuls amis, leurs pires ennemis. Que faire si une
large part de nous-mêmes n'a pas encore compris où se situe
notre devoir et comment notre intérêt vital exige d'organiser à
partir de nous-mêmes dans un esprit d'ensemble les moyens de
résolution de nos difficultés pour la plupart nées de la
rencontre de l'Afrique avec le monde extérieur? Autant, il n'y
pas de créations sans créateurs, autant il n'y a pas de
libération sans libérateurs. A nos enfants, nous dirons donc
ceci : nous avons essayé de vous laisser une autre Afrique, une
voie en dehors de celle imposée par le colonialisme, nous avons
essayé de ne pas vous laisser en héritage le statut de peuple à
terre. Hélas ! Nous avons été férocement combattus par beaucoup
de nos propres frères et sœurs. Ces derniers se sont opposés à
nous plus que les maîtres dont ils sont l’émanation et donc des
alliés objectifs. Et en matière de combat d’un peuple, il n’y a
pas plus redoutables adversaires que ses propres congénères.
C’est ainsi que nous avons dû faire face simultanément à deux
fronts : celui de notre propre peuple et celui des loups du
monde extérieur. Un front solidement uni par les liens de
sujétion, de fascination voire de subjugation que les
dominateurs ont exercé et exercent sur la partie la plus
arriérée et la plus aliénée de notre peuple.
Les larmes ne sont pas une arme
Même si quelques africains pleurent l’écrasement des héros de
notre peuple, la vérité est que les larmes ne sont pas une arme
face à un monde extérieur qui ne lésine sur aucun moyen pour que
l’Afrique lui soit éternellement accessible. Si les larmes et
les jérémiades étaient la solution, l'homme noir aurait été
libéré depuis. Lorsqu'il s'est retrouvé dans les chaînes et dans
les cales des négriers, l'homme noir a pleuré, gémi et supplié.
En vain.
Il reste donc que beaucoup trop d’africains trouvent qu’il n’y a
pas de problèmes là où il y en a massivement, en réalité. Pour
eux, le colonialisme c'est fini; même s'il vient de frapper en
Côte d'Ivoire et continue de frapper la Libye sous leurs yeux.
Même si l'économie africaine fonctionne toujours sur le modèle
du pacte colonial avec le franc CFA entre les mains de la France,
le colonialisme, c'est fini il y a de cela 50 ans. "L'Afrique
est indépendante, elle fait ce qu'elle souhaite depuis 50 ans"
et s'il lui arrive de ne pas être en mesure de résoudre ses
problèmes, c'est parce qu'elle "refuse le développement" en
refusant de mimer l'Occident comme le disait faussement Axel
Kabou. Et pour ces africains, il ne sert à rien de mourir. Car,
ils sont les premiers à dire que « on te tuera pour rien », « tu
vas mourir pour rien » et lorsqu’effectivement le moment
fatidique arrive, ils disent « aaah, nous t’avions prévenu », «
tu t’es laissé prendre comme un chien », « voilà, tu voulais
montrer que c’est toi seul qui a compris non, c’est bien fait
pour ta gueule ». Autrement dit, « tu luttais pour toi-même, pas
pour nous ». Donc, tu péris non pas pour nous, africains. Mais
pour toi-même!
Au fond, beaucoup d'africains sont non seulement fatigants mais
surtout désespérants
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